space space
spaceLogo
space
space space space space space space
space
space
space
English version
|
space
Raphaël Zarka space|space2004
|
|
space
space
space
Multiples
space
space
space
space space space

space
space
Les formes du repos #6, 2002
space
space space

space
space
space
Extrait d’une discussion avec Cécilia Bécanovic, paru dans le numéro 4 de la revue Offshore en 2004.
C.B. Les formes du repos sont une collection d’objets en béton isolés dans la nature ou sur un terrain vague. De la manière dont tu les photographies, ces formes géométriques apparaissent comme des sculptures involontaires, comme d’étranges monuments.
R.Z. Des monuments ? Oui peut-être. Mais alors des monuments en attente de signification, comme cette flamme que l’on avait installé entre deux feux rouges au-dessus du pont de l’Alma sans trop savoir qu’en faire et qui n’a pris sens qu’après l’accident de Diana. Ou alors des monuments tels ceux que Robert Smithson avait photographiés à Passaic dans le New Jersey. Des monuments produit par l’environnement, mais qui entretiennent avec lui une relation paradoxale. C’est l’écart, ou la tension entre l’objet et son « décors » qui m’intéresse. Je recherche des objets qui sont comme exposés, c’est-à-dire abstraits, déconnectés du continuum béton-goudron de l’urbanité.
C.B. Ces images ne sont pas métaphoriques. Les objets ne sont plus que des signes dont on aurait oublié la signification. Ils fonctionnent plutôt sur le mode de l’intertextualité, nous renvoyant vers d’autres formes et d’autres textes. On décèle rapidement une parenté avec des objets scientifiques ou spéculatifs, les corps platoniciens notamment, c’est-à-dire l’ensemble des polyèdres réguliers, ceux dont s’était servi Kepler pour élaborer sa cosmologie.
R.Z. Tous les objets photographiés ne fonctionnent pas sur le même mode. Il y a ceux dont tu viens de parler, les plus intrigants, et ceux que l’on reconnaît tout de suite, dont la lecture se situe à un autre niveau. Je pense aux escaliers à l’envers qui, déstructurés, évoquent les prisons de Piranèse dont Borges s’était inspiré pour construire sa fascinante cité des immortelles. Il y a aussi la triple rampe de skate, là ce qui m’intéresse c’est l’origine de cette forme, la vague, désormais pétrifiée dans le béton.
CB. Rodney Graham considère ses photographies d’arbres isolés comme des portraits. Les formes du repos, à mi-chemin entre la sculpture et la peinture, entre le volume et l’image, appartiennent plutôt à la catégorie de la nature morte. Ici, il serait question de « vies immobiles » à l’échelle du paysage.
R.Z. Je me demande toujours quelle est à la frontière qui sépare un objet d’un espace. Au début j’ai pensé à la mobilité, à la différence entre un meuble et un immeuble, puis je me suis dit que ça ne suffisait pas. Je crois que j’ai fini par considérer comme objet, tout ce qui est fragmentaire, ou insulaire. Par exemple la voie de l’Aérotrain, c’est indéniablement un espace, elle mesure 18 kilomètres, mais elle ne relie rien à rien, elle est juste là perdue dans les champs, ses deux extrémités dans le vide. La photographie du monorail de l’Aérotrain, celle qui fait partie de la série des formes du repos, est réellement le pivot entre les photos et les vidéos, entre l’objet et l’espace. Finalement, je me sers de la photographie comme du moyen le plus simple pour unifier des formes diverses en jouant sur l’échelle et le point de vue. Photographier, ce n’est pas quelque chose qui va de soi, je suis absolument étranger à la logique de « l’instant décisif ». Les seules choses que je m’autorise à photographier, ce sont des objets tellement immobiles qu’ils sont presque « naturellement » à l’état de photographie. Les formes du repos sont des photographies au carré.
space
Contact :
raphaelzarka@free.fr

www.vasistas.org/zarka.htm
www.instantschavires.com/infos/rienavoir/10/avoir.html
parisprojectroom.free.fr/ppr2.html
www.fraclr.org/cachezfrancais.htm
 
 
 
 
spacer

space