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Delphine Leulier space|space2004
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Expositions & catalogues | Multiples
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Boucle de main, 2001 dentifrice, crochet, tissus, 50 x 40 cm
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Halètement, 2000-2002 Epidermie. gants Mapa cousus, élasthane, 190 x 95 cm
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…pour m’occuper les mains. Pour ne pas les retourner contre moi, pour cesser de les tendre vers les autres, pour ne pas porter les armes.
Qu’est-ce que je sais faire avec mes mains ? Pourrais-je faire autre chose pour occuper mes mains ? Des choses très simples pour lesquelles j’ai besoin de mes mains : m’habiller le matin, faire un lit, je me lave avec les mains, je me lave les mains, je me déshabille avec les mains, j’ai besoin de mes mains pour boire, pour plein d’autres choses qui ne m’occupent pas longtemps et n’occupent pas longtemps mes mains. Et puis toutes ces choses peuvent être faites par d’autres. Bébé on m’habillait, on me lavait, on me faisait boire et manger, on me faisait mon lit.
Je n’ai pas besoin de mes mains pour respirer. Je n’ai pas besoin de mes mains pour vivre. Mais pour vivre, j’ai besoin de m’occuper les mains. J’ai besoin de mes mains pour me frotter les yeux. Mais me frotter les yeux c’est un peu comme écrire pour m’occuper les mains. Dans les deux cas il s’agit pour un temps (différent chaque fois) de supprimer la vision, de se dérober à certaines formes de clarté pour ensuite voir autrement ou essayer de voir mieux.
Je porte régulièrement ma main à la bouche comme pour y ramener d’un geste les mots qui viennent d’en sortir ou encore pour aller les chercher. Je refais ainsi un trajet d’origine où les mots, au lieu de passer de la tête à la main qui les écrit, allaient directement à la bouche.
Mes mains sont tenaces et elles me prolongent. Elles sont le relais de ce qui est moi et de ce que je place devant ou hors de moi. Elles prennent en charge la tristesse – je cache mon visage derrière mes mains – ou la colère – je fais mine de t’étrangler avec les mains. Mais aussi le désir – je te caresse avec mes mains. Dans l’énoncé « j’écris pour m’occuper les mains », « j’écris » peut être remplacé par « je tricote », « je bricole », « je grignote ».
Seul l’écrivain funambule travaille sans les mains. D’un seul pied tendu, il est déjà pour partie dans l’autre monde du monde, qui ne tient qu’à un fil. L’écrivain, dont l’activité principale est manuelle, est, comme la couturière, une petite main.

Extrait de « J’écris pour m’occuper les mains », Tiphaine Samoyault.
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